EMDR et secouristes : quand une intervention continue de revenir après le service

EMDR et secouristes : quand une intervention continue de revenir après le service

Un visage.

Une phrase entendue pendant une intervention.

Une odeur.

Le bruit particulier d’une alarme, d’un choc ou d’un appel radio.

Parfois, ce n’est même pas l’ensemble de l’événement qui revient. C’est un détail. Quelques secondes très précises qui semblent avoir été enregistrées autrement que le reste.

Le service est terminé. L’intervention aussi. Pourtant, quelque chose continue à se réactiver.

Pour les ambulanciers, pompiers, policiers, gendarmes, professionnels du secours, de la sécurité ou du milieu pénitentiaire, l’exposition à des situations difficiles fait partie de la réalité professionnelle. La capacité à agir dans l’urgence est souvent très développée. Mais être capable d’intervenir ne signifie pas être imperméable à ce qui a été vu, entendu ou vécu.

Lorsque certains souvenirs restent particulièrement chargés, l’EMDR peut constituer une piste d’accompagnement. À condition de ne pas en faire une réponse automatique après chaque intervention et de respecter le contexte, le rythme et les ressources de la personne.

Pourquoi une intervention peut-elle rester présente longtemps après ?

Pendant une situation d’urgence, la priorité n’est pas de prendre du recul sur ce que l’on ressent.

Il faut observer. Décider. Sécuriser. Porter assistance. Communiquer. Continuer.

Cette capacité de mobilisation est indispensable sur le terrain.

Après coup, certaines personnes retrouvent naturellement leur équilibre. Pour d’autres, une intervention particulière — ou l’accumulation d’interventions — continue à provoquer des réactions bien après le retour à la maison.

Cela peut prendre différentes formes :

  • une image qui revient sans avoir été recherchée ;
  • un sommeil devenu plus agité ;
  • une réaction importante à certains bruits ;
  • une tension physique qui tarde à redescendre ;
  • l’envie d’éviter un lieu, une situation ou certains souvenirs ;
  • une irritabilité inhabituelle ;
  • une vigilance qui reste élevée même hors service ;
  • ou simplement l’impression de ne plus réussir à véritablement « couper ».

Ces réactions ne permettent pas, à elles seules, de poser un diagnostic.

Elles méritent cependant d’être prises en considération lorsqu’elles persistent, deviennent envahissantes ou commencent à affecter le sommeil, la vie personnelle, les relations ou le travail.

Pour approfondir ce sujet, vous pouvez également lire : l’accompagnement du trouble de stress post-traumatique .

EMDR et secouristes : que peut apporter cette approche ?

L’EMDR — Eye Movement Desensitization and Reprocessing — est une approche psychothérapeutique utilisée notamment dans l’accompagnement du trouble de stress post-traumatique et de certaines expériences traumatiques.

Elle repose sur un protocole structuré qui peut notamment utiliser des stimulations bilatérales alternées, par exemple des mouvements oculaires ou d’autres formes de stimulations adaptées au cadre du travail.

L’objectif n’est pas d’effacer un souvenir.

Une intervention réellement vécue reste une partie de l’histoire de la personne.

Le travail porte plutôt sur la manière dont cette expérience continue à être réactivée aujourd’hui : l’image qui surgit, l’émotion associée, certaines sensations corporelles ou les pensées qui se sont installées autour de l’événement.

Les mécanismes précis expliquant l’ensemble des effets de l’EMDR continuent d’être étudiés. En revanche, son utilisation dans le traitement du trouble de stress post-traumatique repose aujourd’hui sur un niveau de données suffisamment important pour qu’elle figure parmi les interventions psychologiques recommandées par plusieurs références internationales.

Et spécifiquement chez les policiers, pompiers, ambulanciers et autres professionnels de l’urgence ?

C’est ici qu’une nuance est importante.

Les données disponibles sur l’EMDR dans le trouble de stress post-traumatique sont plus solides que celles portant spécifiquement sur les professionnels de l’urgence.

Les travaux consacrés aux first responders — policiers, pompiers, ambulanciers et autres intervenants — suggèrent que les interventions centrées sur le trauma, notamment l’EMDR et certaines thérapies cognitivo-comportementales, peuvent être pertinentes lorsqu’il existe des symptômes post-traumatiques.

Mais la littérature spécifique à ces professions reste encore hétérogène : les études ne portent pas toutes sur les mêmes métiers, les mêmes situations ni les mêmes protocoles.

L’EMDR peut donc être pertinent pour un secouriste, mais ce n’est ni systématique ni une recette applicable de la même manière à tout le monde.

Cette nuance compte.

Faut-il faire de l’EMDR immédiatement après une intervention difficile ?

Pas nécessairement.

Avoir été fortement secoué après une intervention ne signifie pas qu’un travail centré immédiatement sur le souvenir soit indispensable.

Dans les jours qui suivent un événement éprouvant, différentes réactions peuvent apparaître. Certaines diminuent progressivement.

Les recherches portant spécifiquement sur l’utilisation très précoce de l’EMDR chez les professionnels de l’urgence restent d’ailleurs moins concluantes que celles concernant son utilisation dans des difficultés post-traumatiques installées.

Avant de décider de travailler directement sur un événement, il est donc important de comprendre :

  • ce qui se passe actuellement ;
  • depuis combien de temps ;
  • ce qui déclenche les réactions ;
  • l’impact sur le sommeil et le quotidien ;
  • les ressources disponibles ;
  • et la capacité de la personne à rester suffisamment stable lorsqu’elle se rapproche du souvenir.

Le choix de l’approche vient ensuite.

Parfois, la première étape consiste simplement à retrouver davantage de stabilité

Lorsqu’une personne est déjà très sollicitée, dort peu, se sent constamment en alerte ou traverse parallèlement d’autres difficultés importantes, commencer directement par l’événement le plus chargé n’est pas toujours la meilleure option.

Une phase de préparation peut être nécessaire.

L’objectif peut alors être de travailler d’abord sur la régulation émotionnelle, les ressources, la capacité à retrouver un état plus calme ou certains déclencheurs du quotidien.

Selon la situation, j’utilise notamment l’EMDR, l’hypnose ou l’EFT dans mon accompagnement. Ces approches ne sont pas interchangeables et le choix se fait en fonction de ce qui apparaît le plus pertinent pour la personne et pour l’objectif travaillé.

Des outils simples de respiration ou de régulation peuvent également trouver leur place. À ce sujet : 7 outils efficaces contre le stress professionnel .

Prendre ce temps n’est pas « éviter le problème ».

C’est parfois précisément ce qui permet de l’aborder ensuite dans de meilleures conditions.

Est-il nécessaire de raconter toute l’intervention dans les moindres détails ?

C’est une inquiétude compréhensible, particulièrement dans des professions où certaines situations sont difficiles à raconter ou soumises à des exigences de confidentialité.

Un accompagnement EMDR ne se résume pas à raconter encore et encore l’intégralité d’une intervention.

Le travail est structuré autour de ce qui reste actif pour la personne et il doit être adapté à ce qu’elle est en mesure d’aborder.

La première séance permet notamment de comprendre la situation actuelle, de clarifier l’objectif et de déterminer si l’EMDR semble indiqué ou si une autre manière de travailler serait préférable.

Il ne s’agit pas de provoquer une réaction émotionnelle pour « faire sortir » quelque chose.

La personne reste actrice de la séance et le rythme doit pouvoir être ajusté.

« Je devrais pouvoir gérer ça seul »

Cette pensée constitue souvent un obstacle dans des métiers où savoir fonctionner sous pression fait partie des compétences professionnelles.

On peut parfaitement avoir géré une intervention.

Avoir pris les bonnes décisions.

Être retourné travailler.

Continuer à remplir ses responsabilités.

Et malgré cela constater qu’une partie de l’événement continue à se manifester ailleurs.

La question utile n’est donc pas forcément :

« Est-ce que ce que j’ai vécu est suffisamment grave ? »

Mais plutôt :

« Est-ce que cela continue à prendre une place dont je ne veux plus aujourd’hui ? »

Cette différence change beaucoup de choses.

Il n’est pas nécessaire de comparer son expérience à celle d’un collègue ou à une intervention supposément « pire » pour reconnaître qu’un événement a laissé une trace.

Quand envisager de consulter ?

Il n’existe pas de seuil universel.

Un accompagnement peut néanmoins avoir du sens lorsqu’une intervention revient régulièrement, lorsqu’un déclencheur provoque encore une réaction importante ou lorsque quelque chose semble avoir changé durablement depuis un événement.

Cela peut également concerner l’accumulation.

Il n’y a pas toujours « l’intervention ».

Parfois, il y en a cinquante.

Aucune ne semble suffisante, prise isolément, pour expliquer ce qui se passe. Mais année après année, la récupération devient moins bonne, la tolérance diminue et certains souvenirs commencent à se superposer.

Cette accumulation peut également participer à une forme de fatigue émotionnelle ou nerveuse .

Dans ce cas également, l’objectif d’un premier rendez-vous n’est pas de décider immédiatement qu’il faut travailler sur chaque événement.

Il consiste d’abord à comprendre ce qui se passe aujourd’hui.

EMDR à Yverdon-les-Bains : un accompagnement adapté à la personne, pas l’inverse

À Hypnothérapie Yverdon, j’utilise notamment l’EMDR, l’hypnose et l’EFT en fonction de la situation et de l’objectif défini ensemble.

Lorsqu’un événement professionnel difficile continue de se manifester longtemps après l’intervention, nous pouvons d’abord prendre le temps de comprendre ce qui reste actif et déterminer quelle approche paraît la plus appropriée.

L’EMDR ne remplace pas une prise en charge médicale, psychiatrique ou psychologique spécialisée lorsqu’elle est nécessaire.

En revanche, il peut constituer une piste d’accompagnement lorsque certains souvenirs, réactions ou déclencheurs continuent à empiéter sur le présent.

Parce qu’une intervention peut être terminée depuis longtemps sur le rapport d’intervention…

sans être complètement terminée à l’intérieur.

Vous souhaitez en parler ?

Si une intervention ou l’accumulation de situations professionnelles difficiles continue à prendre trop de place, un premier rendez-vous peut permettre de faire le point et de déterminer l’accompagnement le plus adapté.

Hypnothérapie Yverdon Yverdon-les-Bains

Questions fréquentes sur l’EMDR et les métiers de l’urgence

L’EMDR est-il efficace pour le stress post-traumatique ?

L’EMDR fait partie des interventions psychologiques recommandées dans plusieurs recommandations internationales pour le trouble de stress post-traumatique chez l’adulte. Cela ne signifie pas qu’il convient systématiquement à toute personne ayant vécu un événement difficile. Une évaluation préalable reste importante.

L’EMDR fonctionne-t-il aussi pour les policiers, pompiers et ambulanciers ?

Des études spécifiques aux professionnels de l’urgence suggèrent des résultats encourageants, mais cette littérature reste moins importante et plus hétérogène que celle concernant le trouble de stress post-traumatique dans la population générale. L’approche doit donc être envisagée en fonction de la situation individuelle.

Faut-il raconter tous les détails de l’intervention ?

Pas nécessairement. Le déroulement dépend de la personne, de l’objectif et du protocole utilisé. Un accompagnement sérieux respecte également ce que la personne est prête à aborder.

Peut-on consulter même plusieurs années après une intervention ?

Oui. L’ancienneté d’un événement n’empêche pas d’examiner ce qui continue à se manifester aujourd’hui. La pertinence de l’EMDR ou d’une autre approche est évaluée en fonction de la situation actuelle.

L’EMDR est-il indiqué juste après une intervention difficile ?

Pas automatiquement. Une réaction importante immédiatement après un événement ne signifie pas qu’un traitement centré sur le trauma soit nécessaire. La situation, son évolution et les besoins de la personne doivent d’abord être évalués.


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